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... Pour avancer.

11 avril 2008 09:23
 
 

Nous avons déjà exploré nos mains. Mais le voyage ne s'arrête pas là. Il ne fait que commencer. Ce matin, j’ai envie de m’asseoir au bord de l’infini, et de regarder mes pieds.

Ce sont mes deux compagnons discrets et fidèles, puissants et fragiles, éternels complices de mon errance.

Lorsque je les habille de leur manteau de cuir, mais pieds sont protégés de la poussière et des cailloux du chemin. Mais les souliers anesthésient mes pieds, déforment mes orteils, accélèrent la sudation. Alors, fébrilement, je dénoue les lacets et libère mes deux compagnons de route de leurs entraves. Mes pieds sont alors libres et vulnérables.

Il est temps de réapprendre à marcher.

Tout mon corps se déploie et se tend, pour atteindre la station érigée. Je sens mes muscles qui se contractent, se raidissent, puis se détendent. Mes pieds se posent délicatement sur l’herbe encore humide de rosée. Il leur faut quelques secondes pour s’habituer à la température. Lorsque ma posture est stable, pieds légèrement écartés, je prends une grande inspiration – car c’est en inspirant que l’on crée. Bien au-delà de l’air dans mes poumons, c’est tout l’univers qui tourbillonne et se vrille en moi, fait vibrer chacune de mes cellules, perpétue le grand miracle de la Vie. Le dialogue intérieur se suspend un instant – je peux commencer à marcher.

Tout commence par l’amorce d’une chute. Ma jambe droite se soulève et met en péril l’équilibre du corps tout entier, jusqu’à-ce que mon pied droit, délicatement, se pose, du talon jusqu’à la pointe. Je sens la caresse de l’herbe mouillée le long de ma voûte plantaire, un frisson de plaisir me parcourt. Alors, très lentement, je soulève la jambe gauche, pose le pied gauche, puis le droit, puis le gauche. Mes pieds nus sont en contact avec la terre meuble, et je ressens alors le lien très fort qui me relie à la Terre. Marcher pieds nus, c’est prendre conscience de son incarnation.

L’appréhension des premiers pas passée, je m’élance et cours, danse, mes pieds glissent, tout mon corps est en équilibre instable, si je perds le contact avec la terre, je tombe. C’est alors que je prends conscience que si mon âme perd le contact avec la Terre, tout mon équilibre intérieur est remis en cause, je risque la chute.

Maintenant que j’ai redécouvert le plaisir de marcher sans chaussures, je redeviens comme un très jeune enfant, qui apprend en palpant, en touchant, en sentant. J’ai envie de marcher dans le sable, de sentir mes pieds s’y enfoncer, s’y déployer. Envie de sentir différemment les pavés, doux et lisses sous mes pieds. Envie de commencer un grand voyage intérieur, de marcher, d’avancer. Tant pis si les passants me toisent avec mépris, leurs yeux ne voient pas ce que mes pieds sentent.

Vous aussi, faites l’expérience. Asseyez-vous au bord de l’infini. Et libérez vos pieds.

Humeur: Humble

Deux mains

10 avril 2008 11:24
 
 

Dans le silence de l’aube, je médite, les deux mains réunies pour accueillir la Lumière, paumes vers le ciel.
Deux mains pour prier.

Je me relève et me mets sur la pointe des pieds. Mes mains se tendent vers le Soleil et corps se cambre comme un arc.
Deux mains pour s’étirer.

J’ai faim, ma main plonge avec volupté dans un bol de noisettes, sent la caresse de la nourriture le long des doigts, et ressort, pleine. De l’autre main, délicatement, je saisis les noisettes une par une, les porte à ma bouche, remercie la Terre et le travail des hommes de me permettre de savourer ces nourritures terrestres.
Deux mains pour manger.

L’enfant pleure, je le prends contre moi, réchauffe sa peine de la tiédeur de mon étreinte, et du bout des doigts, cueille les perles de larmes, sur sa joue. Ma main devient caresse le long de son dos, dans ses cheveux emmêlés, sous ses yeux mouillés.
Deux mains pour consoler.

Ma mère gémit, la douleur tord son corps meurtri, son dos tassé par les années. Ma main saisit la bouteille d’huile parfumée, de l’autre main j’en ôte le bouchon, et mes mains, dans le silence, dessinent le long de son dos les formes d’un d’amour que seul le corps peut comprendre. Elle s’apaise, et mes mains, guidées par sa respiration, détendent ses muscles, avec douceur et patience.
Deux mains pour masser.

Dans la ville immense, je me sens perdue, la foule m’oppresse, les bruits m’agressent, la pollution m’étouffe. Heureusement, il marche à mes côtés. Fébrilement, ma main cherche la sienne, la saisit, s’y réfugie.
Deux mains pour avancer.

Le bonheur me submerge, c’est le printemps, la nature tout entière renaît et célèbre la Vie. Mes pieds nus foulent avec délices l’herbe fraîchement coupée. Je m’immobilise, dans le grand tourbillon de l’Univers, le visage baigné de Lumière, les bras écartés, paumes vers le Ciel.
Deux mains pour aimer.

… et pourtant …

Mes mains ont aussi détruit, cassé, frappé. Elles ont arraché des cheveux et des fleurs, jusqu’à la racine. Mes mains se sont tordues sous l’effet de l’impuissance et de la tristesse, sont restées dans mes poches quand d’autres avaient besoin d’attention et de tendresse. Mes mains sont sillonnées de lignes de vie et de cicatrices, gercées par les hivers de ma vie.

Mais ce sont les miennes. Simplement. A moi d’en faire bon usage, qu’elles portent la Vie et l’Amour.

Et vous… Parlez-nous de vos mains.

Humeur: Humble